# Méthode de calcul des amortissements dégressifs expliquée
L’amortissement dégressif représente un levier fiscal stratégique dont bénéficient les entreprises françaises soumises à l’impôt sur les sociétés ou aux bénéfices industriels et commerciaux. Cette méthode accélérée permet de constater une dépréciation plus importante durant les premières années d’utilisation d’un bien, reflétant ainsi une réalité économique où les équipements perdent davantage de valeur au début de leur cycle de vie. Contrairement au mode linéaire qui répartit uniformément la charge d’amortissement, le régime dégressif concentre les dotations sur les exercices initiaux, générant ainsi une économie d’impôt immédiate particulièrement appréciée lors d’investissements productifs importants. Cette optimisation fiscale, encadrée strictement par le Code général des impôts, nécessite une compréhension précise des mécanismes de calcul, des coefficients applicables et des règles de basculement vers le mode linéaire.
Définition comptable et cadre réglementaire de l’amortissement dégressif
Le régime de l’amortissement dégressif s’inscrit dans un cadre réglementaire spécifique qui définit précisément les conditions d’application et les modalités de calcul. Cette méthode fiscale constitue une dérogation au principe comptable général qui privilégie l’amortissement selon le rythme de consommation des avantages économiques.
Article 39 B du code général des impôts et conditions d’éligibilité fiscale
L’article 39 A du Code général des impôts constitue le fondement juridique du dispositif d’amortissement dégressif. Ce texte autorise expressément les entreprises à pratiquer un amortissement accéléré sur certaines catégories de biens d’équipement. Pour bénéficier de ce régime fiscal avantageux, trois conditions cumulatives doivent être respectées. Premièrement, le bien doit être neuf au moment de son acquisition, excluant ainsi la quasi-totalité des équipements d’occasion, sauf exceptions très limitées comme les matériels rénovés par le fabricant ou les biens transmis dans le cadre d’opérations de fusion. Deuxièmement, la durée normale d’utilisation doit impérativement excéder trois ans, condition qui élimine automatiquement les équipements à obsolescence rapide. Troisièmement, l’immobilisation doit figurer sur la liste exhaustive établie à l’article 22 de l’annexe II du CGI, garantissant que seuls les biens productifs bénéficient de cet avantage fiscal. Cette triple exigence vise à orienter l’avantage fiscal vers les investissements structurants qui contribuent réellement au développement de l’appareil productif.
Distinction entre amortissement linéaire et dégressif selon le PCG
Le Plan Comptable Général établit une distinction fondamentale entre ces deux méthodes d’amortissement. L’amortissement linéaire, considéré comme la méthode de référence, répartit uniformément le coût d’acquisition sur la durée d’utilisation prévisionnelle. Chaque exercice supporte une dotation identique, calculée en divisant la base amortissable par le nombre d’années d’utilisation. Cette approche reflète une dépréciation constante et régulière du bien. À l’inverse, l’amortissement dégressif applique un taux constant à une base décroissante, générant des annuités naturellement dégressives. La première année enregistre la dotation la plus élevée, puis chaque exercice suivant constate une charge inférieure puisque le calcul s’effectue sur la valeur résiduelle. Cette différence méthodologique crée un écart
entre l’amortissement comptable « économique » et l’amortissement fiscal dégressif. Comptablement, le PCG impose de retenir le mode qui reflète le mieux le rythme de consommation des avantages économiques (souvent le linéaire). Fiscalement, le choix du dégressif permet de pratiquer des dotations plus élevées en début de période. La différence est alors enregistrée en amortissement dérogatoire, afin de matérialiser cet avantage purement fiscal sans déformer l’image économique des comptes.
Biens immobilisables concernés par le régime dégressif
Le dispositif d’amortissement dégressif ne s’applique qu’à une liste limitative de biens, définie à l’article 22 de l’annexe II du CGI. Il vise principalement les immobilisations corporelles productives qui participent directement à l’activité industrielle ou technique de l’entreprise. Il ne peut pas être utilisé sur des actifs purement financiers, ni sur des biens à usage d’habitation ou des véhicules de tourisme.
Parmi les catégories les plus fréquentes, on retrouve notamment :
- les matériels et outillages utilisés pour des opérations industrielles de fabrication, de transformation ou de transport (machines-outils, fours, cuves, lignes de production, etc.) ;
- les matériels de manutention (chariots élévateurs, transpalettes motorisés, convoyeurs, ponts roulants) et certains matériels de travaux publics ;
- les installations d’épuration des eaux et d’assainissement de l’atmosphère, ainsi que les installations productrices de vapeur, de chaleur ou d’énergie (chaudières industrielles, turbines, groupes électrogènes).
Le texte vise également les installations de sécurité et à caractère médico-social (systèmes de vidéosurveillance, équipements de contrôle d’accès, matériels médicaux lourds), les matériels de recherche scientifique et technique, les installations de stockage et de magasinage hors locaux d’exploitation, ainsi que les immeubles et matériels des entreprises hôtelières. En revanche, les matériels purement commerciaux, les biens d’occasion non rénovés par le fabricant, les camionnettes légères ou encore les véhicules de tourisme restent exclus du régime dégressif et doivent être amortis en linéaire.
Durée d’utilisation et tableau des coefficients fiscaux applicables
Au-delà de la nature du bien, la durée normale d’utilisation joue un rôle central dans la méthode de calcul de l’amortissement dégressif. En pratique, cette durée est appréciée selon les usages de la profession, les recommandations de l’administration fiscale (taux usuels) et l’expérience de l’entreprise. Elle doit naturellement être cohérente avec la réalité économique : on n’amortit pas un serveur informatique sur la même durée qu’un bâtiment industriel.
Une fois cette durée déterminée, elle permet de fixer le coefficient dégressif qui viendra majorer le taux d’amortissement linéaire. Le CGI prévoit les coefficients suivants pour les biens éligibles :
| Durée normale d’utilisation | Coefficient dégressif standard |
|---|---|
| Entre 3 et 4 ans | 1,25 |
| Entre 5 et 6 ans | 1,75 |
| Supérieure à 6 ans | 2,25 |
Pour certains matériels de recherche scientifique et technique, des coefficients majorés peuvent s’appliquer (1,50, 2 ou 2,50 selon la durée), mais cette option reste spécifique et doit être maniée avec prudence. Retenez l’idée suivante : plus la durée d’utilisation est longue, plus le coefficient est élevé, et plus l’amortissement est « accéléré » en début de période. C’est ce mécanisme qui permet de réduire rapidement la valeur nette comptable au bilan et la base imposable à l’impôt sur les sociétés.
Formule de calcul et application du coefficient dégressif
Calcul de la base amortissable et valeur nette comptable initiale
Avant de parler de coefficient ou de taux dégressif, il faut déterminer la base amortissable du bien. C’est elle qui servira de point de départ à tous vos calculs. En fiscalité française, la base amortissable correspond généralement au coût d’acquisition hors taxes récupérables, augmenté des frais directement attribuables à la mise en service du bien. Autrement dit :
Base amortissable = Prix d’achat HT + frais de livraison HT + frais de mise en service HT
Si la TVA n’est pas récupérable (cas de certains régimes spécifiques ou activités exonérées), on inclut alors le montant TTC dans cette base. Une fois la base amortissable déterminée, la valeur nette comptable initiale (VNC initiale) est, par définition, égale à cette base, puisqu’aucun amortissement n’a encore été pratiqué. Au fil des exercices, la VNC diminuera chaque année du montant des dotations aux amortissements, et c’est précisément cette valeur résiduelle qui servira de base au calcul dégressif.
Coefficient multiplicateur selon la durée d’amortissement (1,25 – 1,75 – 2,25)
Le coefficient dégressif vient majorer le taux d’amortissement linéaire pour aboutir à un taux dégressif plus élevé en début de vie du bien. La logique est simple : on part du taux linéaire, obtenu en divisant 100 par la durée d’utilisation, puis on le multiplie par un coefficient fixé par la loi en fonction de cette même durée. Plus la durée est longue, plus le coefficient est important, et plus l’amortissement dégressif est marqué les premières années.
Pour mémoire, les coefficients standards sont les suivants :
- Coefficient 1,25 pour les biens amortissables sur 3 ou 4 ans (taux linéaire de 25 % ou 33,33 % environ) ;
- Coefficient 1,75 pour les biens amortissables sur 5 ou 6 ans (taux linéaire de 20 % ou 16,67 %) ;
- Coefficient 2,25 pour les biens dont la durée excède 6 ans (taux linéaire inférieur ou égal à 14,29 %).
On peut voir ce coefficient comme une « loupe » fiscale : il grossit le taux linéaire pour concentrer l’amortissement sur les premières années. Par exemple, pour un bien amorti sur 5 ans, le taux linéaire de 20 % devient 35 % en dégressif (20 % × 1,75), ce qui change radicalement le profil des dotations et l’économie d’impôt immédiate. C’est un peu comme si vous décidiez de rembourser un prêt plus vite au début : l’effort est plus important au départ, mais le capital restant dû diminue plus rapidement.
Taux dégressif : formule de conversion et pourcentage annuel
Le calcul du taux d’amortissement dégressif suit une formule simple que vous pouvez réutiliser pour toutes vos immobilisations éligibles. Il s’agit de convertir la durée d’utilisation en un taux linéaire, puis d’y appliquer le coefficient dégressif correspondant :
Taux linéaire = 100 / durée d’utilisation (en années)Taux dégressif = Taux linéaire × coefficient dégressif
Illustrons ce calcul : pour une machine industrielle amortie sur 5 ans, le taux linéaire est de 20 % (100 / 5). Le bien étant amortissable sur 5 ans, le coefficient applicable est 1,75. Le taux dégressif ressort donc à 35 % (20 % × 1,75). Ce pourcentage s’appliquera chaque année à la valeur nette comptable, et non plus à la base d’origine comme en linéaire. Vous voyez la différence ? Avec le linéaire, l’assiette reste stable ; avec le dégressif, l’assiette diminue chaque année.
Concrètement, le calcul annuel de l’amortissement dégressif se fait donc selon la relation suivante :
Annuité dégressive = VNC début d’exercice × taux dégressif × (nombre de mois / 12)
Cette formule intègre à la fois la valeur résiduelle du bien et la durée de détention sur l’exercice. C’est elle que vous utiliserez pour bâtir votre plan d’amortissement dégressif année par année, avant le basculement éventuel vers le mode linéaire.
Proratisation temporelle lors de l’acquisition en cours d’exercice
Dans la pratique, les immobilisations ne sont pas toujours acquises au 1er janvier. Comment faire lorsqu’un bien est mis en service en cours d’exercice ? En amortissement dégressif, la règle du prorata temporis s’applique en mois complets. Le point de départ de l’amortissement est toujours fixé au 1er jour du mois d’acquisition ou de mise en service, et non à la date exacte.
Par exemple, si vous achetez une machine le 18 avril N, l’amortissement dégressif commencera au 1er avril N. L’annuité de la première année sera alors calculée sur 9 mois (d’avril à décembre), selon la formule :
Annuité N = Base amortissable × taux dégressif × (9 / 12)
Cette différence peut paraître mineure, mais elle a un véritable impact sur la charge d’amortissement de la première année, donc sur votre résultat fiscal. En amortissement linéaire, le prorata se fait en jours ; en dégressif, il se fait en mois entiers. C’est un détail technique important à intégrer dans vos outils de calcul ou dans votre logiciel comptable, surtout si vous multipliez les investissements en cours d’exercice.
Méthodologie du calcul année par année avec basculement
Calcul de l’annuité dégressive sur la valeur résiduelle
Une fois la base amortissable et le taux dégressif déterminés, la méthode de calcul se déroule de manière systématique, exercice après exercice. La première année, vous appliquez le taux dégressif à la base amortissable (ou à la valeur d’origine), en tenant compte, le cas échéant, du prorata temporis. Le montant obtenu correspond à l’annuité dégressive de l’exercice.
La valeur nette comptable en fin d’année est ensuite égale à la VNC d’ouverture diminuée de cette annuité. Cette nouvelle VNC devient la base de calcul pour l’exercice suivant. L’amortissement dégressif fonctionne donc comme une « boule de neige inversée » : la charge est importante au départ, puis diminue naturellement, puisque l’on applique toujours le même pourcentage sur un montant qui se réduit d’année en année.
Formellement, on peut résumer ainsi :
Annuité dégressive année N = VNC début année N × taux dégressif × (mois / 12)VNC fin année N = VNC début année N − annuité dégressive année N
En répétant ce schéma, vous construisez un plan d’amortissement dégressif complet. Mais ce n’est pas tout : à un certain moment, la loi impose de basculer vers le mode linéaire dès lors qu’il devient plus favorable pour achever l’amortissement sur la durée restante.
Point de basculement vers le mode linéaire et calcul comparatif
Le basculement vers l’amortissement linéaire est un point clé du dispositif. Il n’est ni facultatif ni arbitraire : il est obligatoire dès que l’annuité calculée en mode linéaire sur la durée restante devient supérieure à l’annuité dégressive. L’objectif est de s’assurer que le bien soit totalement amorti à l’issue de sa durée d’utilisation, tout en maximisant la charge d’amortissement chaque année.
Concrètement, à chaque clôture d’exercice, vous devez comparer :
Annuité dégressive N+1 = VNC fin N × taux dégressifAnnuité linéaire résiduelle N+1 = VNC fin N / nombre d’années restantes
Si l’annuité linéaire résiduelle est supérieure à l’annuité dégressive, vous devez abandonner le dégressif et basculer définitivement au linéaire pour les années restantes. Ce basculement intervient généralement dans la seconde moitié de la durée d’amortissement, mais le moment exact dépend de la combinaison entre le taux et le rythme de diminution de la VNC. C’est un peu comme changer de régime de croisière sur une autoroute : au début, vous accélérez fortement, puis vous stabilisez votre vitesse pour arriver à bon port à l’heure prévue.
Détermination du nombre d’années restantes pour optimiser l’amortissement
La notion d’années restantes est centrale pour calculer correctement l’annuité linéaire résiduelle. Elle correspond au nombre d’exercices complets qu’il reste à courir entre la date de basculement et la fin de la durée d’amortissement initialement retenue. Par exemple, pour un bien amortissable sur 5 ans, si vous êtes à la fin de la troisième année, il reste 2 années d’utilisation.
La formule à appliquer est alors :
Annuité linéaire résiduelle = VNC fin année N / années restantes
En pratique, vous n’avez pas à « forcer » l’optimisation : la règle de comparaison avec l’annuité dégressive conduit naturellement à choisir le montant le plus élevé, donc à maximiser la charge déductible chaque année. Ce qui importe, c’est de bien suivre votre plan d’amortissement et de mettre à jour, exercice par exercice, la VNC et le nombre d’années restantes. Un simple tableau Excel bien paramétré peut suffire pour des immobilisations isolées ; au-delà, un logiciel comptable s’avère indispensable.
Traitement de la dernière annuité et valeur nette comptable finale
La dernière annuité d’amortissement est, elle aussi, encadrée par des règles précises. Contrairement au premier exercice, il n’y a pas de prorata temporis en fin de période : l’annuité finale correspond à la différence entre la VNC d’ouverture de l’exercice et la valeur résiduelle retenue (souvent nulle en fiscalité, sauf cas particuliers). Le bien est ainsi intégralement amorti à la fin de sa durée d’utilisation.
En mode dégressif avec basculement linéaire, les dernières annuités sont généralement stabilisées : une fois le passage au linéaire opéré, vous appliquez un taux implicite égal à 1 divisé par le nombre d’années restantes, ce qui conduit à des montants souvent identiques pour les deux derniers exercices. La valeur nette comptable finale est alors égale à zéro (ou à la valeur résiduelle décidée au départ), ce qui signifie que l’intégralité de la base amortissable a été répartie sur la durée de vie du bien.
Sur le plan fiscal, cela veut dire que vous avez épuisé tout le potentiel de déduction lié à cet investissement. Si le bien est encore utilisé au-delà de cette durée, il continuera de figurer à l’actif pour une valeur nette comptable nulle, jusqu’à sa cession ou sa mise au rebut.
Exemple pratique : amortissement d’une machine industrielle de 100 000 euros
Paramètres initiaux : durée de 5 ans et coefficient dégressif de 1,75
Pour mieux visualiser la méthode de calcul des amortissements dégressifs, prenons un exemple chiffré simple mais complet. Supposons qu’une entreprise industrielle acquière, le 1er janvier N, une machine de production pour un coût total de 100 000 € HT (frais de livraison et de mise en service inclus). La durée normale d’utilisation est estimée à 5 ans, conformément aux usages de la profession et aux recommandations de l’administration.
Dans ce cas, le taux d’amortissement linéaire est de 20 % (100 / 5). Étant donné que la durée se situe entre 5 et 6 ans, le coefficient dégressif applicable est de 1,75. Le taux dégressif ressort donc à 35 % (20 % × 1,75). La base amortissable est égale à 100 000 € et l’amortissement commence dès le 1er janvier N, sans prorata temporis, puisque l’acquisition intervient en début d’exercice.
Nous allons maintenant construire le tableau d’amortissement dégressif pour les trois premières années, puis déterminer le moment optimal de bascule vers le mode linéaire pour les années 4 et 5.
Tableau d’amortissement dégressif années 1 à 3
En année 1, la valeur nette comptable d’ouverture est égale à la base amortissable, soit 100 000 €. L’annuité dégressive est obtenue en appliquant le taux de 35 % à cette VNC :
Année 1 : 100 000 € × 35 % = 35 000 €
La VNC en fin d’année 1 est donc de 65 000 € (100 000 € − 35 000 €). En année 2, le même taux de 35 % s’applique, mais cette fois sur la VNC de début d’année, soit 65 000 € :
Année 2 : 65 000 € × 35 % = 22 750 €
La VNC en fin d’année 2 est de 42 250 € (65 000 € − 22 750 €). En année 3, on répète l’opération :
Année 3 : 42 250 € × 35 % ≈ 14 787,50 €
La VNC en fin d’année 3 ressort alors à 27 462,50 € (42 250 € − 14 787,50 €). Le tableau récapitulatif des trois premières années en pur dégressif est donc le suivant :
| Année | VNC début | Taux dégressif | Annuité dégressive | VNC fin |
|---|---|---|---|---|
| N (1) | 100 000 € | 35 % | 35 000 € | 65 000 € |
| N+1 (2) | 65 000 € | 35 % | 22 750 € | 42 250 € |
| N+2 (3) | 42 250 € | 35 % | 14 787,50 € | 27 462,50 € |
À ce stade, il reste théoriquement deux années d’amortissement (années 4 et 5). La question qui se pose est la suivante : faut-il continuer en dégressif ou passer au linéaire sur la durée restante pour maximiser l’amortissement ? C’est là qu’intervient le mécanisme de basculement.
Basculement en mode linéaire et calcul des années 4 et 5
En fin d’année 3, la VNC est de 27 462,50 €. Il reste 2 années d’utilisation (années 4 et 5). Nous devons comparer l’annuité dégressive potentielle pour l’année 4 avec l’annuité calculée en mode linéaire sur la durée restante. Calculons d’abord l’annuité dégressive théorique :
Annuité dégressive année 4 = 27 462,50 € × 35 % ≈ 9 611,88 €
Puis l’annuité linéaire résiduelle :
Annuité linéaire résiduelle = 27 462,50 € / 2 ≈ 13 731,25 €
On constate que l’annuité linéaire résiduelle (≈ 13 731,25 €) est supérieure à l’annuité dégressive (≈ 9 611,88 €). La règle fiscale impose donc de basculer au linéaire à compter de l’année 4. Les années 4 et 5 seront alors amorties chacune à hauteur de 13 731,25 €, jusqu’à extinction complète de la valeur nette comptable :
| Année | VNC début | Mode | Annuité | VNC fin |
|---|---|---|---|---|
| N+3 (4) | 27 462,50 € | Linéraire (2 ans restants) | 13 731,25 € | 13 731,25 € |
| N+4 (5) | 13 731,25 € | Linéraire (1 an restant) | 13 731,25 € | 0 € |
Le bien est donc totalement amorti au terme de la cinquième année, comme prévu initialement. Ce tableau illustre parfaitement la logique de l’amortissement dégressif : une charge concentrée sur les trois premières années, puis un lissage linéaire sur la fin de vie du bien. Pour votre entreprise, cela se traduit par des économies d’impôt plus importantes en début de période, au moment où la trésorerie est souvent la plus sollicitée par l’investissement.
Écritures comptables et traitement fiscal de l’amortissement dégressif
Comptes 28 et 681 : enregistrement des dotations aux amortissements
Sur le plan comptable, la dotation annuelle aux amortissements est enregistrée de la même manière, que le mode soit linéaire ou dégressif. Elle se traduit par le débit d’un compte de charges (classe 68) et le crédit d’un compte d’amortissements (classe 28) rattaché à l’immobilisation concernée. Pour un matériel industriel, on utilisera par exemple les comptes suivants :
Débit 68112 – Dotations aux amortissements sur immobilisations corporellesCrédit 28154 – Amortissements du matériel industriel
Cette écriture reflète l’usure économique du bien et vient diminuer le résultat comptable de l’exercice. Toutefois, lorsque vous pratiquez un amortissement dégressif fiscal plus rapide que l’amortissement économique retenu en comptabilité (souvent linéaire), un écart apparaît. Cet écart est enregistré en amortissement dérogatoire, par le biais des comptes 687 (dotations) et 145 (amortissements dérogatoires) au passif du bilan, afin de distinguer avantage fiscal et dépréciation économique réelle.
Liasse fiscale : report sur le tableau 2055 et déclaration 2033-C
Au niveau fiscal, les amortissements dégressifs doivent être correctement reportés dans la liasse pour être pris en compte dans le calcul du résultat imposable. Pour les sociétés soumises au régime réel normal, le détail des immobilisations et de leurs amortissements figure dans le tableau 2055 (ou ses équivalents selon la forme de la liasse), qui présente notamment la valeur d’origine, le mode d’amortissement, les taux, les annuités et la valeur nette comptable.
Les entreprises relevant du régime simplifié d’imposition utilisent quant à elles la déclaration 2033-C, qui reprend de façon synthétique les dotations aux amortissements de l’exercice. Dans tous les cas, l’administration fiscale doit pouvoir vérifier la cohérence entre le plan d’amortissement dégressif, les écritures comptables et les montants déclarés. Un suivi rigoureux par immobilisation est donc indispensable, surtout si vous combinez amortissements linéaires, dégressifs et éventuels suramortissements ou dispositifs exceptionnels.
Différences temporaires et gestion de l’impôt différé selon IAS 12
Pour les groupes appliquant les normes IFRS, l’utilisation de l’amortissement dégressif fiscal crée des différences temporaires imposables entre la valeur comptable des actifs (amortis selon une base économique, souvent linéaire) et leur base fiscale. Selon la norme IAS 12, ces différences temporaires doivent donner lieu à la comptabilisation d’impôts différés passifs, représentant l’impôt qui sera payé à l’avenir lorsque l’avantage fiscal s’inversera.
Concrètement, l’entreprise comptabilise un passif d’impôt différé au fur et à mesure qu’elle pratique des amortissements fiscaux supérieurs aux amortissements économiques. À mesure que l’écart se résorbe (lorsque les amortissements comptables deviennent supérieurs aux amortissements fiscaux en fin de vie du bien), ce passif est progressivement repris en résultat. Cette approche permet de lisser dans le temps l’impact fiscal et de donner une image fidèle de la performance économique, indépendamment des choix de méthodes d’amortissement autorisés par la fiscalité française.
Cas particuliers et limites du régime d’amortissement dégressif
Biens d’occasion et exclusion du dispositif fiscal
Une des limites majeures du régime d’amortissement dégressif concerne les biens d’occasion. En principe, seuls les biens neufs sont éligibles au dispositif, ce qui exclut la plupart des matériels déjà utilisés au moment de leur acquisition. L’idée du législateur est claire : réserver l’avantage fiscal aux investissements productifs qui contribuent directement au renouvellement du parc industriel national.
Il existe toutefois quelques exceptions ciblées, par exemple pour certains matériels rénovés par le fabricant ou des biens acquis dans le cadre d’opérations de fusion ou d’apport partiel d’actif, lorsque des conditions précises sont réunies. Mais ces situations restent marginales et nécessitent souvent l’avis d’un expert-comptable ou d’un conseil fiscal. Si votre stratégie d’investissement repose principalement sur l’achat de biens d’occasion, vous devrez donc, dans la grande majorité des cas, recourir à l’amortissement linéaire classique.
Véhicules de tourisme et plafonds de déductibilité fiscale
Les véhicules de tourisme constituent un autre champ d’exclusion important. Même lorsqu’ils sont neufs et utilisés dans le cadre de l’activité professionnelle, ils ne peuvent bénéficier de l’amortissement dégressif. Ils restent soumis à l’amortissement linéaire, avec en plus des plafonds de déductibilité fiscale sur la base amortissable, dépendant notamment des émissions de CO2 du véhicule.
En pratique, seule une fraction du prix de revient du véhicule est fiscalement amortissable, le surplus venant en réintégration extra-comptable. Ce cumul de limitations (interdiction du dégressif + plafonds de base amortissable) réduit fortement l’intérêt fiscal de ces immobilisations. Pour les entreprises disposant de flottes de véhicules, il est donc essentiel d’anticiper cet impact dans leur stratégie d’investissement et d’éventuellement privilégier des véhicules utilitaires ou de transport de marchandises, souvent mieux traités sur le plan fiscal.
Cessions anticipées et régularisations comptables nécessaires
Enfin, que se passe-t-il si vous cédez un bien avant la fin de sa durée d’amortissement dégressif ? La cession anticipée d’une immobilisation suppose de constater une sortie d’actif et de déterminer la plus-value ou la moins-value de cession. Vous devez d’abord annuler la valeur brute et les amortissements cumulés au bilan, puis comparer le prix de cession à la valeur nette comptable au jour de la vente.
Si vous avez pratiqué des amortissements dégressifs importants les premières années, la VNC sera mécaniquement plus faible qu’en cas de linéaire, ce qui peut conduire à constater une plus-value plus élevée en cas de cession à un prix significatif. À l’inverse, une vente à un prix inférieur à la VNC générera une moins-value. Par ailleurs, les amortissements dérogatoires éventuellement constatés doivent être régularisés : en cas de sortie anticipée, il peut être nécessaire de reprendre une partie des amortissements dérogatoires en résultat, afin de neutraliser un avantage fiscal qui ne s’est pas matérialisé sur la totalité de la durée prévue.
Vous l’aurez compris, la méthode d’amortissement dégressif est un puissant outil d’optimisation fiscale, mais elle implique un suivi comptable rigoureux, notamment en cas de cession ou de changement de stratégie d’investissement. Avant de l’adopter de manière systématique, il est donc recommandé de simuler plusieurs scénarios (linéaire vs dégressif, durée différente, revente anticipée) pour choisir la solution la plus adaptée à la situation financière et aux projets de votre entreprise.