
La gestion comptable des emprunts bancaires constitue un enjeu majeur pour toute entreprise soucieuse de maintenir une trésorerie équilibrée et de respecter les obligations réglementaires. Chaque remboursement d’échéance nécessite un traitement comptable précis qui impacte directement les comptes de bilan et le résultat financier. Cette complexité s’accentue avec la diversité des produits bancaires disponibles et l’évolution constante des normes comptables françaises. Maîtriser ces mécanismes devient indispensable pour optimiser la gestion financière et assurer une présentation fidèle de la situation patrimoniale de l’entreprise.
Mécanisme comptable de l’amortissement du capital emprunté selon le PCG
Le Plan Comptable Général français établit des règles précises concernant la comptabilisation des emprunts bancaires. L’amortissement du capital emprunté constitue le cœur de ce dispositif, nécessitant une compréhension approfondie des mécanismes comptables sous-jacents.
Écriture comptable au débit du compte 164 « emprunts auprès des établissements de crédit »
L’enregistrement comptable du remboursement du capital s’effectue systématiquement par le débit du compte 164 "Emprunts auprès des établissements de crédit". Cette opération traduit la diminution de la dette financière de l’entreprise envers l’établissement prêteur. Le montant débité correspond exclusivement à la fraction de capital remboursée, déterminée selon le tableau d’amortissement contractuel.
Cette écriture comptable revêt une importance particulière car elle impacte directement le passif du bilan. La réduction de l’endettement améliore mécaniquement les ratios financiers de l’entreprise, notamment le ratio d’endettement et la capacité d’endettement résiduelle. Les experts-comptables recommandent d’isoler chaque emprunt dans un sous-compte spécifique pour faciliter le suivi individualisé des engagements.
Traitement du compte 512 « banques » lors du décaissement
Le compte 512 "Banques" fait l’objet d’un crédit correspondant au montant total de l’échéance prélevée. Cette écriture matérialise la sortie de trésorerie consécutive au remboursement. L’importance de cette comptabilisation réside dans sa contribution au suivi de la position de trésorerie et à l’élaboration des tableaux de flux.
La réconciliation entre les écritures comptables et les relevés bancaires devient cruciale à ce niveau. Les décalages temporels entre la date de valeur bancaire et la date comptable peuvent générer des distorsions qu’il convient d’identifier rapidement. Cette vigilance permet d’éviter les erreurs de rapprochement bancaire et garantit la fiabilité des états financiers.
Application des normes comptables françaises pour les PME et ETI
Les petites et moyennes entreprises ainsi que les entreprises de taille intermédiaire bénéficient d’un cadre comptable adapté à leur structure. L’application du règlement ANC n°2014-03 relatif au plan comptable général simplifie certaines procédures sans compromettre la qualité de l’information financière. Cette approche pragmatique facilite l’appropriation des règles comptables par les dirigeants d’entreprise.
L’évaluation des emprunts au coût amorti reste la méthode de référence pour les PME. Cette approche permet une répartition linéaire des coûts d’emprunt
des emprunts et de leurs frais accessoires sur la durée de vie du financement. Concrètement, dans la plupart des situations courantes (emprunts bancaires classiques sans composante dérivée complexe), la comptabilisation selon le coût amorti aboutit à un traitement très proche du schéma traditionnel : le capital est suivi en compte 164 et les charges d’intérêts sont enregistrées au fur et à mesure dans le compte 661.
Pour les PME et ETI qui ne recourent pas à des instruments financiers sophistiqués, cette méthode permet de concilier simplicité opérationnelle et conformité aux normes comptables françaises. Le recours à des tableaux d’amortissement détaillés fournis par les banques reste la pratique dominante pour ventiler correctement le capital et les intérêts à chaque échéance, en veillant à ce que le solde du compte 164 corresponde à tout moment au capital restant dû.
Impact sur le bilan comptable et les capitaux propres
Chaque remboursement d’emprunt bancaire modifie directement la structure du bilan. Le débit du compte 164 diminue le poste Dettes financières au passif, tandis que le crédit du compte 512 réduit la trésorerie à l’actif. Cette double évolution traduit un désendettement progressif, souvent recherché par les dirigeants pour améliorer les ratios de solvabilité et de gearing.
Les capitaux propres, quant à eux, ne sont pas affectés par le simple amortissement du capital, puisqu’il s’agit d’un mouvement entre deux postes de bilan. En revanche, les intérêts d’emprunt comptabilisés en 661 viennent diminuer le résultat net de l’exercice, et donc indirectement les capitaux propres à travers l’affectation du résultat. On peut ainsi dire que le remboursement du capital est une opération patrimoniale (bilan), tandis que les intérêts constituent une charge qui impacte la performance financière de l’entreprise.
Cette distinction est essentielle pour analyser correctement la capacité d’autofinancement et la rentabilité opérationnelle. Deux entreprises présentant le même niveau d’endettement peuvent afficher des résultats très différents selon le coût moyen de leurs emprunts et la qualité de leur négociation bancaire. Pour le lecteur des comptes, comprendre le poids des charges d’intérêts par rapport au chiffre d’affaires et à l’EBITDA est un indicateur clé de la soutenabilité de la dette.
Comptabilisation des intérêts d’emprunt et charges financières associées
Au-delà du capital, la comptabilisation du remboursement d’un emprunt bancaire repose sur une bonne maîtrise des charges financières associées : intérêts, frais de dossier, commissions, voire intérêts intercalaires. Ces éléments influencent directement le coût global du financement et doivent être enregistrés avec rigueur pour refléter fidèlement la réalité économique du contrat de prêt.
Enregistrement au compte 661 « charges d’intérêts » selon la méthode linéaire
Dans le traitement courant des prêts à échéances constantes, la charge d’intérêts est enregistrée au fur et à mesure des remboursements, en s’appuyant sur le tableau d’amortissement bancaire. À chaque échéance, la fraction d’intérêts est débitée au compte 6611 "Intérêts des emprunts et dettes", en contrepartie du compte 512 "Banques". Cette ventilation permet de distinguer clairement ce qui relève du coût du capital emprunté et ce qui correspond à son remboursement.
On parle souvent, de façon pédagogique, de « méthode linéaire » pour désigner l’étalement régulier des charges d’intérêts sur la durée du prêt. En pratique, lorsque l’emprunt est à taux fixe et à échéances constantes, la charge d’intérêts diminue progressivement car elle est calculée sur le capital restant dû. L’effet global reste toutefois proche d’une répartition régulière sur la durée, ce qui simplifie l’analyse du compte de résultat. Pour un prêt à taux zéro, aucun mouvement n’est enregistré au compte 661, puisque la totalité des échéances correspond à un remboursement de capital.
Pour vous assurer de la bonne comptabilisation des intérêts d’emprunt, le réflexe à adopter est de vérifier à chaque clôture que le cumul des intérêts enregistrés en 661 sur l’exercice correspond bien au total des colonnes « Intérêts » de vos échéanciers pour la même période. En cas d’écart, il faut rechercher une erreur de ventilation, un prélèvement manquant ou une échéance passée à une mauvaise date comptable.
Traitement des intérêts intercalaires et frais de dossier bancaire
Les intérêts intercalaires apparaissent lorsque les fonds sont débloqués en plusieurs fois ou lorsque la période entre le premier versement des fonds et la première échéance de remboursement est atypique (période de franchise, décalage de calendrier, etc.). Dans ce cas, la banque facture des intérêts sur les sommes déjà versées mais non encore amorties. Comptablement, ces intérêts intercalaires sont enregistrés comme n’importe quelle autre charge d’intérêts, au débit du compte 6611, avec pour contrepartie un crédit du compte 512 lors du prélèvement.
Les frais de dossier bancaires, quant à eux, sont généralement comptabilisés en charges externes dans le compte 627 "Services bancaires et assimilés", assorti le cas échéant de la TVA déductible en 44566. Ils peuvent être prélevés dès la mise en place de l’emprunt ou intégrés à la première échéance. Selon les bonnes pratiques, vous pouvez :
- constater la totalité des frais de dossier en charges sur l’exercice de mise en place du prêt ;
- ou, lorsque les montants sont significatifs, les étaler sur la durée du prêt via un compte de charges constatées d’avance (
486), afin de mieux refléter le principe de spécialisation des exercices.
Dans certaines configurations plus techniques (financement d’une immobilisation en cours, projet de construction, etc.), les intérêts intercalaires et certains frais peuvent être incorporés au coût d’acquisition de l’immobilisation, conformément au PCG. C’est un peu comme si l’on considérait que ces coûts font partie intégrante du prix de revient de l’actif financé : ils sont alors activés, puis amortis en même temps que l’immobilisation, au lieu d’être immédiatement passés en charges.
Proratisation temporelle des intérêts courus non échus
Lorsque la date de clôture de l’exercice se situe entre deux échéances de remboursement, une partie des intérêts relatifs à la période en cours a déjà été « générée », mais n’a pas encore été facturée ni prélevée par la banque. Pour respecter le principe de rattachement des charges à l’exercice, il convient de comptabiliser ces intérêts courus non échus. On parle alors de proratisation temporelle des intérêts.
Concrètement, on calcule le montant des intérêts à provisionner selon la formule : Intérêts à constater = intérêt de la période x (nombre de jours écoulés entre le début de la période et la clôture / nombre total de jours de la période). Le montant obtenu est débité au compte 6611 "Intérêts des emprunts et dettes" et crédité au compte 1688 "Intérêts courus sur emprunts". Cette écriture vient ainsi compléter, à la clôture, les intérêts déjà facturés par la banque, pour donner une image fidèle du coût réel de l’endettement sur l’exercice.
L’année suivante, à la date d’échéance, on extourne l’écriture de fin d’exercice (débit du compte 1688, crédit du compte 6611) avant d’enregistrer l’échéance réelle. Sans cette correction, vous risqueriez de comptabiliser deux fois la même charge d’intérêt. Que se passerait-il si vous négligiez cette étape ? Votre résultat serait surévalué à la clôture (puisque vous n’auriez pas intégré tous les intérêts courus), ce qui peut fausser vos indicateurs financiers et vos décisions de gestion.
Gestion comptable des commissions d’engagement et de non-utilisation
Pour certains types de financements (lignes de crédit confirmées, autorisations de tirage, prêts par tranches), les banques facturent des commissions d’engagement, c’est-à-dire une rémunération pour la mise à disposition d’une enveloppe de financement, que vous l’utilisiez entièrement ou non. D’autres fois, une commission de non-utilisation est prélevée sur la partie non tirée de la ligne de crédit. Même si ces montants peuvent sembler accessoires, ils doivent faire l’objet d’une comptabilisation rigoureuse.
En pratique, ces commissions sont enregistrées dans un compte de services bancaires, le plus souvent 627 "Services bancaires et assimilés" (ou une sous-division dédiée, par exemple 6278). Lorsqu’elles sont dues mais non encore facturées à la clôture, on les comptabilise en charges à payer via le compte 4081 "Fournisseurs – factures non parvenues" ou 4686 "Charges à payer" selon le cas, en veillant à appliquer la TVA si elle est exigible. Là encore, l’objectif est de rattacher la charge à la bonne période, même si le paiement interviendra ultérieurement.
D’un point de vue de gestion, le suivi de ces commissions d’engagement et de non-utilisation permet d’évaluer le coût réel des lignes de crédit dont dispose l’entreprise. Il n’est pas rare de constater que certaines lignes ouvertes depuis plusieurs années ne sont presque jamais utilisées, tout en générant des frais récurrents. En les identifiant clairement en comptabilité, vous disposez d’un argument solide pour renégocier vos conditions bancaires ou fermer les lignes devenues inutiles.
Modalités de remboursement et échelonnement des mensualités
Les modalités de remboursement d’un emprunt bancaire influencent directement la manière dont vous allez enregistrer les écritures comptables au fil du temps. Emprunt à annuités constantes, amortissement constant du capital, remboursement in fine : chaque schéma présente une dynamique différente entre part d’intérêts et part de capital, même si la logique comptable de base reste la même.
Dans le cas le plus fréquent des annuités ou mensualités constantes, le montant payé à chaque échéance est identique ; seule la répartition interne varie : au début du prêt, la part d’intérêts est élevée et le capital remboursé relativement faible, puis la tendance s’inverse au fur et à mesure que le capital restant dû diminue. Comptablement, on s’appuie systématiquement sur le tableau d’amortissement pour ventiler chaque échéance entre débit du compte 164 (capital) et débit du compte 661 (intérêts), avec un crédit unique du compte 512.
Dans un schéma à amortissement constant du capital, c’est l’inverse : la fraction de capital remboursée à chaque échéance est identique, tandis que les intérêts diminuent progressivement. Le montant total des échéances est donc dégressif. Le traitement comptable ne change pas, mais l’analyse de la charge financière sur les premières années du prêt diffère sensiblement. Enfin, pour les emprunts remboursés in fine, l’entreprise ne verse que des intérêts pendant toute la durée du contrat et ne rembourse le capital qu’en une fois à l’échéance finale. On débite alors seulement le compte 661 à chaque échéance, puis, au terme du contrat, on débite massivement le compte 164 pour solder la dette.
Quel que soit le mode d’échelonnement retenu, l’enjeu majeur pour vous est de garantir la cohérence entre la comptabilité et les documents contractuels : plan de remboursement, avenants, renégociations éventuelles. Une renégociation de taux ou une modification de la durée d’emprunt implique l’actualisation du tableau d’amortissement et, potentiellement, la mise en place d’un nouveau sous-compte 164 pour distinguer l’ancien prêt du nouveau, surtout si une partie des frais est capitalisée ou si un nouveau capital est débloqué.
Écritures comptables spécifiques aux différents types d’emprunts bancaires
Toutes les dettes financières n’ont pas le même profil économique ni le même traitement comptable détaillé. Emprunts immobiliers, crédits-bails, prêts à taux variable, instruments de couverture, prêts participatifs… chacun de ces financements présente des particularités qu’il convient de maîtriser pour éviter les erreurs de comptabilisation et les retraitements fastidieux lors des clôtures.
Comptabilisation des prêts immobiliers professionnels à taux fixe
Les prêts immobiliers professionnels à taux fixe figurent parmi les financements les plus classiques pour les PME et ETI (acquisition de locaux, entrepôts, bureaux, murs commerciaux, etc.). Leur schéma de comptabilisation est similaire à celui des autres emprunts, avec quelques points d’attention spécifiques. À la mise à disposition des fonds, on débite le compte 512 "Banques" et on crédite le compte 164, idéalement ventilé dans un sous-compte explicite, par exemple 1641 – Emprunt immobilier Banque X.
Les échéances mensuelles ou trimestrielles se comptabilisent ensuite en débitant le compte 164 pour la part de capital, le compte 6611 pour les intérêts et, le cas échéant, le compte 616 pour l’assurance emprunteur, avec un crédit global du compte 512. Lorsque le prêt finance une immobilisation corporelle (compte 213 ou 214), il est important de distinguer clairement la valeur d’acquisition du bien (activée à l’actif et amortie) du coût de la dette (en charges financières). Confondre les deux reviendrait un peu à mélanger le prix d’achat d’un immeuble et le coût de son financement, ce qui fausserait tant le bilan que le compte de résultat.
En cas de remboursement anticipé ou de renégociation (rachat de crédit, allongement de la durée, modification de taux), des pénalités peuvent être facturées par la banque. Celles-ci seront généralement enregistrées en charges exceptionnelles (671) ou en sous-compte spécifique du 661, afin de ne pas perturber l’analyse du résultat d’exploitation. On veillera également à solder correctement l’ancien compte d’emprunt et, le cas échéant, à ouvrir un nouveau sous-compte 164 pour tracer l’opération de refinancement.
Traitement comptable des crédits-baux mobiliers et contrats de location-financement
Les crédits-baux (leasing) mobiliers et immobiliers ainsi que les contrats de location-financement occupent une place croissante dans le financement des investissements, en particulier pour les véhicules, matériels et équipements informatiques. Sur le plan juridique, l’entreprise n’est pas propriétaire du bien pendant la durée du contrat ; elle supporte en revanche les loyers et, souvent, les risques et avantages liés à l’usage de l’actif. Comptablement, en normes françaises, ces contrats sont généralement assimilés à des locations opérationnelles, même si leur logique économique s’apparente souvent à un financement.
En pratique, les loyers versés sont enregistrés en charges dans un compte de location (6122 "Crédits-baux mobiliers", par exemple), avec la TVA correspondante en 44566, et le paiement en contrepartie du compte 512. Aucun compte 164 n’est mouvementé, puisque l’entreprise ne comptabilise pas de dette financière liée au crédit-bail dans ses comptes sociaux. La valeur du bien financé ne figure pas non plus à l’actif, sauf si l’option de levée de propriété est exercée à la fin du contrat : dans ce cas, le prix de levée d’option est inscrit en immobilisation (compte 218, par exemple).
Il est toutefois recommandé, notamment pour les ETI ou les entreprises faisant l’objet d’analyses financières poussées, de produire un tableau de retraitement en annexe ou en reporting de gestion, afin de simuler la situation comme si le contrat de crédit-bail était un emprunt classique. Cette démarche permet de mieux appréhender l’endettement économique réel de l’entreprise et d’anticiper les changements de normes (par exemple, si vous devez établir des comptes en normes IFRS pour des partenaires ou investisseurs).
Gestion des emprunts à taux variable et swaps de taux d’intérêt
Les emprunts à taux variable reposent sur un indice de référence (Euribor, €STR, etc.) majoré d’une marge bancaire. Le montant des intérêts évolue donc à chaque période de paiement, ce qui complexifie légèrement la prévision et le contrôle des écritures comptables. Malgré cela, la logique d’enregistrement reste identique : on débite le compte 6611 pour les intérêts réellement facturés par la banque à chaque échéance, selon les indications de l’échéancier actualisé, puis on crédite le compte 512 pour le montant total de la mensualité.
Pour se protéger contre le risque de hausse de taux, certaines entreprises souscrivent des instruments de couverture, tels que des swaps de taux d’intérêt ou des caps/floors. En normes françaises, le traitement de ces instruments dérivés exige une attention particulière, car ils peuvent être comptabilisés en hors-bilan avec constatation en résultat des flux de couverture, ou dans des comptes spécifiques de créances et dettes financières selon la nature du contrat. Les flux d’intérêts reçus ou versés dans le cadre d’un swap sont généralement comptabilisés en charges financières (666) ou produits financiers (766), afin de refléter l’effet net de la couverture sur le coût de l’emprunt.
Du point de vue de la gestion, l’enjeu est de s’assurer que les flux de couverture suivent la même périodicité que les flux de l’emprunt à taux variable, afin de maximiser l’efficacité de la couverture. Sur le plan comptable, la documentation du dispositif (contrats, documentation de couverture, rapprochement des flux) est indispensable pour justifier le traitement retenu, notamment en cas de contrôle ou d’audit externe. On peut voir cela comme un « parapluie » financier : si la pluie des taux s’abat plus fort que prévu, le swap absorbe une partie de l’impact, mais il faut savoir comment comptabiliser chaque goutte.
Particularités des prêts participatifs et quasi-fonds propres
Les prêts participatifs et certains instruments de quasi-fonds propres occupent une place particulière dans le financement des entreprises, notamment en phase de croissance ou de restructuration. Ils se situent à mi-chemin entre la dette classique et les capitaux propres : juridiquement, il s’agit de dettes, mais leur rémunération peut être en partie indexée sur les performances de l’entreprise, et leur échéance de remboursement est souvent longue, voire subordonnée à d’autres dettes.
Comptablement, ces instruments sont généralement enregistrés au passif en tant que dettes financières, dans un compte 16 adapté (par exemple 167 – Autres emprunts et dettes assimilées), au moment de leur mise à disposition. Les intérêts fixes sont comptabilisés en 661, comme pour un emprunt bancaire classique, tandis que la rémunération variable liée à la performance (indexation sur le chiffre d’affaires, l’EBITDA, ou le résultat net) est enregistrée au fur et à mesure de son acquisition, souvent dans un sous-compte spécifique de charges financières.
Dans certains cas, la classification de ces instruments peut être délicate, en particulier lorsqu’ils comportent des clauses de conversion en capital ou des options de remboursement conditionnel. Il est alors recommandé de se référer attentivement aux textes de l’ANC et, si nécessaire, de solliciter l’avis de votre expert-comptable ou commissaire aux comptes. En termes d’analyse financière, ces financements sont souvent rapprochés des capitaux propres, car ils renforcent la structure financière sans peser immédiatement sur la trésorerie, ce qui peut constituer un atout majeur pour la négociation de nouveaux emprunts bancaires.
Contrôles comptables et réconciliation bancaire des remboursements
La qualité de la comptabilisation des remboursements d’emprunt ne se mesure pas uniquement à la justesse des écritures passées au fil de l’eau. Elle repose aussi sur un dispositif de contrôle interne efficace, incluant des rapprochements réguliers entre la comptabilité, les tableaux d’amortissement théoriques et les relevés bancaires. Sans ces vérifications, des erreurs apparemment minimes (échéance manquante, intérêt mal ventilé, prélèvement en double) peuvent s’accumuler et rendre les corrections ultérieures particulièrement fastidieuses.
Rapprochement entre tableau d’amortissement théorique et relevés bancaires
Le premier niveau de contrôle consiste à comparer périodiquement (au moins une fois par an, idéalement chaque trimestre) le tableau d’amortissement fourni par la banque avec les écritures réellement passées en comptabilité et les prélèvements figurant sur les relevés bancaires. L’objectif est de vérifier que, pour chaque échéance, le montant total payé et sa ventilation entre capital, intérêts et assurance correspondent scrupuleusement aux données de l’échéancier.
Concrètement, vous pouvez extraire du grand livre les mouvements du compte 164 liés à un emprunt donné et les comparer au cumul des colonnes « capital remboursé » du tableau d’amortissement sur la même période. De même, le total des charges d’intérêts enregistrées en 6611 doit coïncider avec la somme des intérêts figurant sur l’échéancier. Un écart, même faible, est souvent le symptôme d’une anomalie : échéance non comptabilisée, modification de taux non prise en compte, ou simple erreur de saisie.
Pour les entreprises disposant de plusieurs emprunts, l’utilisation d’un sous-compte 164 par financement (par exemple 164100/164200/…) facilite grandement cet exercice. C’est un peu l’équivalent, dans vos comptes, d’avoir un dossier séparé pour chaque prêt : en cas de contrôle ou de renégociation, vous gagnez un temps précieux et réduisez le risque de confusion entre plusieurs financements.
Vérification des échéances et détection des anomalies de prélèvement
Les rapprochements bancaires mensuels ou trimestriels sont l’occasion idéale pour vérifier que toutes les échéances d’emprunt ont bien été prélevées et comptabilisées. Il arrive que la banque décale une échéance (jour férié, incident technique), qu’une renégociation soit mise en œuvre sans que le service comptable ait reçu le nouvel échéancier, ou encore qu’une échéance soit prélevée deux fois par erreur. Sans un contrôle régulier, ces situations peuvent passer inaperçues.
En pratique, il est utile de tenir un calendrier des échéances de chaque emprunt, indiquant les dates théoriques de prélèvement et les montants attendus. Lors du rapprochement bancaire, vous pouvez ainsi cocher chaque échéance effectivement prélevée et identifier rapidement les anomalies : échéance absente, montant différent, prélèvement à une date inattendue. En cas d’écart, un contact avec votre conseiller bancaire et une vérification du contrat et des éventuels avenants s’imposent.
Du point de vue comptable, une échéance non prélevée à la date prévue ne doit pas être enregistrée de manière anticipée : tant que la banque n’a pas effectué le débit, le capital restant dû ne diminue pas, et aucune charge d’intérêts supplémentaire n’est constatée. En revanche, si une échéance prévue en fin d’exercice est prélevée par anticipation (par exemple le 31/12 au lieu du 02/01), il convient de l’enregistrer sur l’exercice en cours, même si elle ne correspond pas exactement à la période couverte par l’échéancier initial.
Audit des soldes débiteurs et validation des encours restant dus
En fin d’exercice, l’audit des emprunts bancaires passe par la validation des encours restant dus. Le solde de chaque compte 164 doit correspondre au capital restant dû communiqué par la banque au 31/12 (ou à la date de clôture retenue). Cette concordance est un point de contrôle classique pour les commissaires aux comptes et les services d’audit interne, car elle garantit la fiabilité du passif financier inscrit au bilan.
Lorsque des écarts apparaissent entre le solde comptable et le capital restant dû bancaire, il faut remonter aux écritures d’origine pour identifier la source du problème : échéance manquante, erreur de ventilation entre capital et intérêts, écriture d’extourne non passée, renégociation mal intégrée… Ce travail peut sembler minutieux, mais il est essentiel pour présenter des comptes annuels fiables et pour disposer d’une base saine en vue de futures analyses (capacité d’endettement, calcul du coût moyen de la dette, etc.).
Enfin, n’oublions pas que les comptes d’intérêts courus (1688) et de charges à payer (4686) jouent un rôle clé dans la validation des encours. Un audit complet des emprunts inclut la vérification de ces comptes, afin de s’assurer que toutes les charges financières de l’exercice ont bien été rattachées à la bonne période, sans double comptabilisation ni omission. En procédant ainsi, vous disposez d’une vision claire et fiable du poids réel de vos emprunts sur la santé financière de votre entreprise.